Artistique

Werner Herzog à 84 ans : compétition à Venise, Donostia à Saint-Sébastien

Le cinéaste allemand a reçu le Prix Donostia le 18 septembre, quelques jours après la présentation de « Bucking Fastard » en compétition à la Mostra. Portrait d'un réalisateur qui ne change jamais d'équipe.

Le 18 septembre, le gala d'ouverture du 74e Festival de Saint-Sébastien a remis un Prix Donostia à Werner Herzog. Le cinéaste allemand, 84 ans, arrivait directement de la Mostra, où Bucking Fastard figurait en compétition officielle. Deux semaines, deux tapis rouges : à un âge où la plupart des auteurs sont célébrés en rétrospective, Herzog reste dans le flux de la production, avec un film neuf à vendre.

Une équipe qui ne change pas

Ce qui frappe, dans la fiche officielle du film publiée par la Biennale de Venise, ce n'est pas le casting : c'est le générique technique. À l'image, Peter Zeitlinger. À la musique, Ernst Reijseger. Deux noms qui reviennent de film en film depuis des décennies. Zeitlinger éclaire les films de Herzog depuis 1995 : le tandem a reçu à ce titre le prix du duo chef opérateur-réalisateur au festival Camerimage, en 2023 (Variety). Le violoncelliste néerlandais Ernst Reijseger, lui, compose pour Herzog depuis 2004, avec une méthode inhabituelle : il enregistre souvent avant le montage, parfois avant le tournage, de sorte que la musique oriente les images plutôt que l'inverse (Eye Filmmuseum).

Herzog n'est pas seulement l'auteur du scénario : il est coproducteur, via la structure Gateway to Orkney, aux côtés de Providence Road Entertainment. Un metteur en scène qui garde la main sur le financement et qui retrouve les mêmes artisans à chaque projet, c'est une méthode de fabrication autant qu'une signature artistique. Elle explique la régularité d'une filmographie que beaucoup de producteurs jugeraient ingérable.

Deux sœurs, un fait divers anglais

Bucking Fastard dure 109 minutes, est tourné en anglais et produit entre l'Irlande et les États-Unis. Kate Mara et Rooney Mara, sœurs à la ville, y incarnent deux jumelles inséparables qui parlent à l'unisson, font les mêmes rêves et aiment le même homme. Orlando Bloom et Domhnall Gleeson complètent la distribution. Le scénario s'inspire librement de l'histoire de Freda et Greta Chaplin, jumelles britanniques devenues célèbres dans les années 1980 après qu'un homme eut obtenu contre elles une mesure d'éloignement (The Hollywood Reporter). Détail qui dit l'économie du festival : c'est Orlando Bloom, acteur du film, qui a remis le Donostia à son réalisateur sur la scène du Kursaal (Screen International).

Ce que ce calendrier dit du marché

Venise début septembre, Saint-Sébastien deux semaines plus tard : l'enchaînement n'a rien d'un hasard de programmation. Il donne au film deux fenêtres d'exposition presse et professionnelle avant les ventes territoire par territoire. Les ventes internationales sont pilotées par HanWay Films et Gersh ; l'Italie est déjà prise, par I Wonder Pictures. Pour un acheteur, le dossier est lisible : un auteur identifié, deux têtes d'affiche, une durée courte, une matière de fait divers qui parle au-delà du public d'auteur.

La leçon vaut au-delà de ce titre. Les hommages de carrière — Donostia, Prix Lumière, rétrospectives de cinémathèques — ne sont pas seulement des cérémonies : ils ouvrent une fenêtre de reprise pour les catalogues, au moment précis où la presse reparle d'un cinéaste. Pour un distributeur de patrimoine comme pour un exploitant, c'est un calendrier à lire en même temps que celui des sorties.

La même édition a distingué une seconde carrière, le 19 septembre : celle de Naomi Watts, que BAC Films distribue en France dans The Wolf Hour d'Alistair Banks Griffin.

Sources