Cinéma

Sortir une Palme d’or le 19 août : le pari du Pacte sur « Fjord »

La Palme d’or 2026 sort le 19 août sur 250 copies, avec cinq semaines d’engagement minimum. Un calendrier inhabituel qui en dit long sur le marché art et essai de fin d’été.

Sortir une Palme d’or le 19 août : le pari du Pacte sur « Fjord »

Le 19 août, « Fjord » de Cristian Mungiu, Palme d’or du Festival de Cannes le 23 mai 2026, arrive dans les salles françaises. Le Pacte l’accompagne sur 250 copies, majoritairement en salles Art et Essai. Le choix de la date, plus encore que celui du plan de sortie, mérite qu’on s’y arrête : il dit quelque chose de l’état du marché à la fin de l’été 2026.

Août n’est plus un mois de repli

La règle non écrite voulait qu’un film d’auteur exigeant — 2 h 26, une famille roumaine très pieuse installée dans un village norvégien — attende la rentrée, quand la presse culturelle reprend et que le public des salles Art et Essai revient de vacances. Sortir mi-août, c’était accepter de jouer contre les blockbusters et devant des salles clairsemées.

Ce raisonnement tient de moins en moins. Le CNC a enregistré 17,53 millions d’entrées en juillet 2026, en hausse de 22,6 % sur juillet 2025. Août bénéficie mécaniquement de cette dynamique : la fréquentation estivale n’est plus le trou d’air qu’elle a pu être, et un film qui s’installe avant la rentrée profite d’un marché où la concurrence en nouveautés art et essai reste faible. C’est un arbitrage classique de distributeur : moins de bruit médiatique, mais aussi moins d’embouteillage en salles.

250 copies, cinq semaines : l’équation d’une Palme

Interrogé par le CNC, Xavier Hirigoyen, directeur de la distribution au Pacte, décrit une sortie calibrée plutôt que maximaliste : 250 copies, assorties d’un engagement de cinq semaines d’exploitation minimum, dont trois en plein écran. Le nombre de copies compte moins ici que la durée : sur un film de 2 h 26 porté par le bouche-à-oreille, la tenue hebdomadaire fait le résultat, pas le week-end d’ouverture.

L’objectif affiché est ambitieux. « Nous avons l’ambition, grâce à cette deuxième Palme, de franchir les 500 000 entrées », déclare Xavier Hirigoyen au CNC, quand les précédents films de Mungiu ont oscillé entre 100 000 et 200 000 spectateurs en France. Le pari repose sur l’effet Palme et sur un film à plusieurs portes d’entrée — famille, foi, intégration — plutôt que sur un seul argument cinéphile.

Le Pacte n’en est pas à son premier exercice du genre : « Fjord » est la cinquième Palme d’or que la société distribue en France, après « Moi, Daniel Blake » (2016), « Une affaire de famille » (2018), « Anatomie d’une chute » (2023) et « Anora » (2024). Mungiu, lui, devient le dixième cinéaste doublement palmé, dix-neuf ans après « 4 mois, 3 semaines, 2 jours ».

Ce que les programmateurs peuvent en faire

Pour un exploitant, prendre la Palme est la partie facile. La construire en séquence l’est moins. Une sortie d’août sur cinq semaines couvre précisément la bascule vers la rentrée : la deuxième moitié de l’exploitation tombe en septembre, au moment où les journées du patrimoine, les rendez-vous associatifs et les reprises de ciné-clubs redonnent du volume aux séances accompagnées.

Le cinéma roumain offre de la matière pour ces accompagnements. BAC Films a en catalogue « Dogs » de Bogdan Mirică et « Alice T. » de Radu Muntean, deux titres roumains disponibles en DCP pour des séances de reprise ou des programmations thématiques autour de la nouvelle vague roumaine.

Reste à voir ce que donne l’exposition internationale : selon le CNC, « Fjord » sera présenté à Toronto le 10 septembre, une étape qui pèsera sur la seconde vie du film — et, le cas échéant, sur une éventuelle reprise en salles.

Sources