Artistique

Monia Chokri, de « Babysitter » à la présidence du jury de la Caméra d'or

Présidente du jury de la Caméra d'or à Cannes en mai, à l'affiche de « Si tu penses bien » en septembre : portrait de la cinéaste québécoise de « Babysitter ».

Monia Chokri, de « Babysitter » à la présidence du jury de la Caméra d'or

Le 23 mai dernier, c'est un jury présidé par Monia Chokri qui a remis la Caméra d'or du 79e Festival de Cannes à Ben'imana, premier long métrage de la Rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo, choisi parmi 29 premiers films. Quatre mois plus tard, la Québécoise revenait sur les écrans français comme actrice principale de Si tu penses bien, de Géraldine Nakache. Deux rôles qui disent bien la place qu'elle occupe aujourd'hui : une cinéaste reconnue par ses pairs, et une interprète que le cinéma français sollicite. Chez BAC Films, son nom est attaché à « Babysitter », son deuxième long métrage.

Du Conservatoire de Montréal aux films de Xavier Dolan

Selon la biographie publiée par le Festival de Cannes, Monia Chokri, née à Québec, s'est formée au Conservatoire d'art dramatique de Montréal et a commencé sa carrière au théâtre. C'est sa rencontre avec Xavier Dolan qui la fait connaître au cinéma : Les Amours imaginaires (2010) puis Laurence Anyways (2012), tous deux présentés à Un Certain Regard. Dolan, cité par le Festival, lui prête « une intransigeance envers la médiocrité ».

Le passage à la réalisation se fait d'abord par le court métrage. Quelqu'un d'extraordinaire (2013) obtient au 66e Festival de Locarno le prix du meilleur court métrage international et le prix du jury des jeunes. Six ans plus tard, son premier long, La Femme de mon frère (2019), est sélectionné à Un Certain Regard et y reçoit, ex aequo, le Coup de cœur du jury.

« Babysitter », la comédie comme arme

Coproduction entre le Canada et la France, Babysitter est le deuxième long métrage de la cinéaste. Il a été sélectionné en 2022 dans la section Midnight du Festival de Sundance, d'après le Festival de Cannes. Le point de départ est d'une actualité intacte : après une blague sexiste devenue virale, Cédric, jeune père, est suspendu par son employeur. Pour se racheter, il entreprend avec son frère Jean-Michel d'écrire un livre sur les racines de sa misogynie, pendant que sa compagne Nadine, en proie à la dépression, décide d'écourter son congé maternité. L'arrivée d'une baby-sitter aussi charmante qu'imprévisible fait voler en éclats la routine du foyer.

Monia Chokri y dirige Patrick Hivon, Steve Laplante et Nadia Tereszkiewicz, et s'y donne elle-même un rôle. Le film prend la forme d'une comédie pour traiter du rapport d'un homme à son propre sexisme. Pour une salle, c'est un titre qui se prête aux séances-débats autant qu'aux programmations de comédie d'auteur.

De « Simple comme Sylvain » au jury cannois

Son troisième long, Simple comme Sylvain (2023), qu'elle écrit et dans lequel elle joue, revient à Un Certain Regard. L'année suivante, il reçoit le César du meilleur film étranger. Le Festival de Cannes rappelle aussi qu'elle avait siégé en 2022 au jury de la Cinef et des courts métrages, avant d'être appelée en 2026 à présider le jury de la Caméra d'or, après Alice Rohrwacher. Elle y était entourée du directeur de la photographie Michel Benjamin (AFC), du critique Cédric Coppola (SFCC), de la réalisatrice Marine Francen (SRF) et de Christophe Massie (FICAM). Elle résumait alors l'enjeu de ce prix : « Un premier film est un vertige, un instant décisif où l'âme cherche sa forme en images. »

Le palmarès a distingué Ben'imana, que sa réalisatrice dit avoir fait pour rendre hommage aux femmes de son pays.

Une actrice très présente dans le cinéma français

En parallèle, la comédienne enchaîne les rôles en France. Présenté en Cannes Première, Si tu penses bien, coécrit par Géraldine Nakache et David Lambert, est sorti le 16 septembre 2026 chez Pan Distribution. Elle y joue Gil, une femme qui tombe amoureuse de Jacques (Niels Schneider) avant de mesurer l'emprise qu'il exerce sur sa vie. En 2025, elle figurait déjà dans Love Me Tender d'Anna Cazenave Cambet, présenté à Un Certain Regard.

Ce parcours éclaire rétrospectivement Babysitter : un film sur des hommes qui tentent de se raconter, mis en scène par une cinéaste qui passe sans cesse d'un côté à l'autre de la caméra.

Sources