Artistique
Léa Mysius, d'« Ava » à la compétition cannoise avec « Histoires de la nuit »
Prix SACD à la Semaine de la Critique avec « Ava » en 2017, scénariste d'Audiard, Desplechin et Claire Denis : Léa Mysius signe avec « Histoires de la nuit » son premier film en Compétition à Cannes.
Le 16 septembre 2026, Histoires de la nuit est sorti en salles en France, quelques mois après sa présentation en Compétition au Festival de Cannes. Pour Léa Mysius, c'est un palier : la première fois qu'un film qu'elle réalise concourt pour la Palme d'or. Le chemin qui y mène commence en 2017 avec « Ava », son premier long métrage, que BAC Films a accompagné.
« Ava », un premier film primé à la Semaine de la Critique
Diplômée du département scénario de La Fémis en 2014, après des études de lettres, Léa Mysius réalise d'abord trois courts métrages remarqués, selon la notice que lui consacre le Festival de Deauville. L'un d'eux, Les Oiseaux-tonnerre, est sélectionné à la Cinéfondation en 2014, comme le rappelle sa fiche sur le site du Festival de Cannes.
En 2017, Ava est présenté à la Semaine de la Critique et y reçoit le prix SACD. Le film suit une adolescente de 13 ans qui, pendant un été au bord de la mer, apprend qu'elle va perdre la vue. Noée Abita y tient son premier grand rôle, aux côtés de Laure Calamy. Tout ce qui fera la signature de la cinéaste est déjà là : un corps en train de changer, une perception qui se dérègle, et une mise en scène qui fait de ce qu'on ne voit pas encore une source de tension.
Une scénariste au cœur du cinéma d'auteur français
Entre ses propres films, Léa Mysius écrit pour d'autres. La liste de ses collaborations passées par Cannes en dit long sur la confiance qu'on lui fait : Les Fantômes d'Ismaël d'Arnaud Desplechin (hors compétition, 2017), puis Roubaix, une lumière du même cinéaste (Compétition, 2019), Les Olympiades de Jacques Audiard (Compétition, 2021) et Stars at Noon de Claire Denis (Compétition, 2022). Le Festival de Deauville la cite également parmi les coscénaristes d'André Téchiné.
Ce double parcours éclaire son cinéma. Ses films reposent sur des récits très construits, mais elle laisse aux images le soin de dire ce que les personnages taisent. En 2022, Les Cinq Diables, avec Adèle Exarchopoulos, est sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs. Elle y suit une fillette dotée d'un odorat hors du commun, très attachée à sa mère : une autre façon de rendre sensible ce qui reste caché.
« Histoires de la nuit » : le secret comme moteur
Avec Histoires de la nuit, Léa Mysius adapte le roman de Laurent Mauvignier paru en 2020. Le film se déroule dans un hameau isolé du Limousin. Nora (Hafsia Herzi) et Thomas (Bastien Bouillon) y vivent avec leur fille dans une ferme. Leur seule voisine est Cristina, une peintre italienne jouée par Monica Bellucci. Le soir de l'anniversaire de Nora, trois hommes s'invitent à la fête, menés par Franck (Benoît Magimel), et font ressurgir le passé que Nora gardait enfoui.
Le Festival de Cannes souligne la continuité avec Les Cinq Diables : dans les deux films, des secrets enfouis et un passé opaque finissent par remonter à la surface. Le passage au thriller et un casting plus large marquent un changement d'échelle. Le regard, lui, reste le même que dans Ava : tout part d'une perception, ici celle d'une nuit qui n'en finit pas, qui se trouble jusqu'à faire basculer le récit.
Revoir « Ava » à la lumière de la suite
Neuf ans après, Ava se regarde autrement. On y voit déjà l'origine d'une œuvre cohérente, construite entre la réalisation et l'écriture pour les autres, qui arrive aujourd'hui en Compétition à Cannes. Pour les salles et les programmateurs qui accompagnent la sortie d'Histoires de la nuit, le premier film de la cinéaste est le complément naturel d'une séance-rencontre ou d'un cycle consacré à la nouvelle génération du cinéma d'auteur français. « Ava » est au catalogue de BAC Films.