Artistique
Kirill Serebrennikov : quatre films, un exil, bientôt le français
De « Leto » à « La Disparition de Josef Mengele », quatre films du cinéaste russe figurent au catalogue BAC Films. Portrait d'une méthode qui a résisté au changement de pays.
Quatre films de Kirill Serebrennikov figurent au catalogue de BAC Films : Leto (2018), La Fièvre de Petrov (2021), La Femme de Tchaïkovski (2023) et La Disparition de Josef Mengele (2025). Peu de cinéastes vivants sont aussi présents dans nos droits. Cette continuité raconte quelque chose : celle d'un metteur en scène qui a changé de pays, de langue de travail et de conditions de tournage sans changer de méthode.
Travailler depuis l'exil
Le cinéaste vit en exil à Berlin depuis l'invasion de l'Ukraine et tourne désormais hors de Russie, avec des équipes et des financements européens. Ses deux premiers films au catalogue, Leto et La Fièvre de Petrov, appartiennent eux à sa période russe.
Ce déplacement n'a pas dilué son cinéma, il l'a durci. La Disparition de Josef Mengele, présenté en Cannes Première en mai 2025, est une coproduction germano-française dans laquelle August Diehl incarne le médecin d'Auschwitz réfugié en Amérique du Sud. Adapté du roman d'Olivier Guez, le film refuse le confort du biopic : il filme un homme qui ne se repent pas et une impunité qui dure.
Une mise en scène de plateau
Ce qui frappe d'un film à l'autre, c'est la persistance d'une grammaire de théâtre appliquée au cinéma : plans-séquences longs, chorégraphie des figurants, ruptures de régime — noir et blanc, couleur, chanson, adresse au spectateur. Leto interrompait sa reconstitution du Leningrad rock des années 1980 par des clips à la craie ; La Fièvre de Petrov enchaînait les hallucinations dans un même mouvement d'appareil.
Cette manière a un coût de fabrication : elle suppose des répétitions, une direction d'acteurs serrée et un découpage arrêté avant le tournage — l'inverse d'un cinéma de montage. C'est aussi ce qui rend ses films identifiables dès la première séquence, un atout rare pour une salle qui veut construire un cycle autour d'un auteur.
Le passage au français
Son prochain long métrage sera son premier film tourné en français, Après, avec Ludivine Sagnier, Louis Garrel, Vincent Macaigne, Guillaume Gallienne et Fanny Ardant, produit par Ilya Stewart et Aleksandr Fomin pour Hype Studios — les producteurs de ses précédents films. Le film n'a été dévoilé ni à Cannes ni à la Mostra en 2026 : il n'apparaît dans aucune des deux sélections officielles.
Pour un cinéaste dont l'œuvre s'est construite sur la langue russe et sur des récits russes, tourner en français n'est pas un détail de casting. C'est la question que pose son parcours depuis 2022 : que devient un auteur quand le pays qu'il filmait lui est fermé ? Les quatre titres disponibles au catalogue permettent de suivre cette bascule film après film — matière à une rétrospective courte, et cohérente, pour les salles qui voudront y revenir.
Sources
- Festival de Cannes — Fiche officielle « Das Verschwinden des Josef Mengele » (Cannes Première 2025)
- Festival de Cannes — Kirill Serebrennikov tracks a war criminal
- Variety — Kirill Serebrennikov Sets Cast for French-Language Feature « Après »
- La Biennale di Venezia — Venezia 83 Competition (sélection officielle 2026)