Artistique

Jean-Paul Rappeneau (1932-2026) : huit films en un demi-siècle

Le réalisateur de « Cyrano de Bergerac » est mort le 1er septembre à 94 ans. Huit longs métrages, cinquante ans de carrière : le portrait d'un cinéaste qui réécrivait jusqu'au montage.

Jean-Paul Rappeneau est mort le 1er septembre 2026, à 94 ans. Le Centre national du cinéma et de l'image animée lui a rendu hommage dès le lendemain, en reprenant une formule qu'il employait pour décrire son propre travail : « l'exigence de la pulsion de l'histoire ». En cinquante ans de carrière, il n'aura signé que huit longs métrages. C'est peu. C'est surtout, dans une industrie qui mesure volontiers les trajectoires au nombre de titres, une anomalie assumée.

Huit films, quatre rendez-vous populaires

La filmographie tient en une ligne : La Vie de château (1966), Les Mariés de l'an II (1971), Le Sauvage (1975), Tout feu, tout flamme (1982), Cyrano de Bergerac (1990), Le Hussard sur le toit (1995), Bon voyage (2003), Belles familles (2015). Le CNC rappelle les entrées réalisées en France :

  • Les Mariés de l'an II : 2,8 millions
  • Le Sauvage et Tout feu, tout flamme : 2,3 millions chacun
  • Le Hussard sur le toit : 2,5 millions
  • Cyrano de Bergerac : 4,7 millions

Un film tous les six ou sept ans, et presque à chaque fois un large public : la statistique dit quelque chose de la méthode. Rappeneau écrivait longuement, avec des co-scénaristes, et continuait de réécrire pendant le tournage puis au montage. Quatre fois nommé au César de la réalisation, il ne l'a emporté qu'une fois.

Cyrano, un film d'artisans

Cyrano de Bergerac reste le sommet de cette trajectoire, et le contre-exemple de tout ce qu'on croyait impossible en 1990 : l'adaptation en vers d'une pièce de 1897, portée par un budget de superproduction. Le film obtient dix César, dont ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation, l'Oscar des meilleurs costumes et le Golden Globe du meilleur film étranger. À Cannes, la même année, Gérard Depardieu reçoit le prix d'interprétation masculine.

La fiche de la Cinémathèque française rappelle qui a fabriqué ce film : une adaptation signée Rappeneau et Jean-Claude Carrière d'après Edmond Rostand, l'image de Pierre Lhomme, les décors d'Ezio Frigerio et Jacques Rouxel, les costumes de Franca Squarciapino — précisément ceux récompensés à Hollywood. Le nom du réalisateur circule seul dans les hommages ; le générique, lui, dit un collectif d'artisans au sommet de leur métier. C'est aussi cela, un cinéaste : la capacité à réunir ces gens-là et à tenir une ligne pendant deux ans.

Ce qui fait survivre une œuvre

Le même document rappelle que Cyrano de Bergerac a fait l'objet d'une restauration 4K au laboratoire L'Immagine ritrovata, à partir des négatifs image et son originaux, menée par Lagardère Studios Distribution et la Cinémathèque française, avec le soutien du CNC, du Fonds culturel franco-américain, d'Arte France Cinéma et de Pathé.

Pour qui exploite un catalogue, la leçon est simple et rarement formulée : la longévité d'un film ne se joue pas à sa sortie, mais dans les vingt années qui suivent. Elle dépend de l'état des éléments conservés, de la décision d'engager une restauration, de la disponibilité d'un DCP, d'une reprogrammation en salle ou d'une case en télévision. Huit titres seulement, mais tous encore montrables : c'est peut-être la meilleure définition d'une filmographie réussie.

Sources