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« Allah n'est pas obligé » : Kourouma en animation adulte
Premier long métrage de Zaven Najjar, présenté en compétition à Annecy en 2025 et sorti en France le 4 mars 2026, le film adapte le roman d'Ahmadou Kourouma sans en lisser la voix.
Adapter Allah n'est pas obligé relevait du pari. Le roman d'Ahmadou Kourouma raconte, à la première personne et dans une langue volontairement cassée, l'itinéraire d'un enfant-soldat entre Guinée et Liberia. Pour son premier long métrage, Zaven Najjar en a fait un film d'animation, sorti en France le 4 mars 2026.
Un récit tenu par sa voix
Birahima, orphelin d'une dizaine d'années, quitte son village pour rejoindre une tante au Liberia. En route, un homme trouble, Yacouba, le convainc de rejoindre une faction armée. L'enfant devient « grigriman », féticheur des combattants, et passe d'un camp à l'autre au gré des retournements.
Le directeur artistique du Festival d'Annecy, Marcel Jean, a résumé la difficulté de l'exercice en présentant le film : le défi tenait à la langue brute et inhabituelle du roman, que le réalisateur parvient à préserver dans ce récit à la première personne. C'est en effet là que le film se joue : la voix de Birahima, son ironie d'enfant qui décrit l'horreur comme une chose ordinaire, tient tout l'édifice.
L'animation comme choix, pas comme contournement
Le film a été présenté en compétition officielle des longs métrages au 44e Festival d'Annecy, en juin 2025, parmi les prétendants au Cristal. Il combine animation 2D et images de synthèse, et s'adresse explicitement à un public de grands adolescents et d'adultes — précision utile, tant l'animation reste, en France, associée par défaut au film familial.
Ce choix de technique n'est pas un moyen d'esquiver la violence : c'est ce qui rend le récit tenable. Filmer des enfants-soldats en prises de vues réelles pose des problèmes que l'animation déplace — elle permet de montrer sans exhiber, et de rester à hauteur du narrateur.
Le pari formel se double d'un pari de production. L'animation adulte souffre en France d'un problème simple : elle coûte le prix d'une animation, mais s'adresse au public d'un film d'auteur. Le montage financier — quatre pays, des aides publiques croisées — est la condition d'existence de ce type de projet, et il explique aussi les délais : plusieurs années séparent le lancement d'un tel film de sa sortie.
Ce que la salle peut en faire
Coproduit entre la France, la Belgique, le Luxembourg et le Canada, le film appartient à cette catégorie encore trop rare : l'animation adulte, politique, adaptée d'une œuvre littéraire majeure de la francophonie. Autrement dit, un titre taillé pour le travail avec les publics : séances scolaires niveau lycée, partenariats avec les enseignants de lettres et d'histoire, dispositifs d'éducation à l'image.
Les droits salle sont actifs au catalogue BAC Films et le DCP est disponible — de quoi programmer le film hors de sa fenêtre de sortie, en séance accompagnée comme en reprise.