Artistique
Agnieszka Holland face à Kafka
Avec « Franz K. », présenté à Toronto en 2025 et choisi par la Pologne pour les Oscars, la cinéaste filme moins une vie qu'un écrivain devenu marque. Un titre du catalogue BAC Films.
Il faut une certaine audace pour porter Franz Kafka à l'écran : l'écrivain le plus commenté du XXe siècle est aussi celui dont la vie offre le moins de matière romanesque. Avec Franz K., présenté en première mondiale au Festival de Toronto en septembre 2025, Agnieszka Holland s'y attaque à sa manière : de biais.
Ne pas raconter une vie, la traverser
Le film suit Kafka de sa naissance à Prague jusqu'à sa mort à Vienne, mais refuse la linéarité du biopic. Le jeune acteur allemand Idan Weiss incarne l'écrivain ; autour de lui, Jenovéfa Boková en Milena Jesenská, Peter Kurth dans le rôle du père Hermann, Sandra Korzeniak en mère, Ivan et Josef Trojan. Holland fait alterner les scènes reconstituées et des séquences tournées dans la Prague d'aujourd'hui, celle où Kafka est devenu une marque — visage sur les tasses, itinéraires touristiques, boutiques de souvenirs.
Le procédé n'est pas un clin d'œil : c'est le sujet même du film. Comment un écrivain de l'écrasement bureaucratique et de l'étrangeté à soi finit-il en produit dérivé ? La question intéresse d'autant plus la cinéaste qu'elle a passé sa carrière à filmer ce que les récits officiels effacent.
Une cinéaste de l'Europe centrale
Polonaise, formée en Tchécoslovaquie, ayant tourné en Europe comme aux États-Unis, Agnieszka Holland construit depuis quarante ans une œuvre attachée aux frontières — géographiques, morales, historiques. Ses films ont été plusieurs fois retenus par l'Académie des Oscars, et Franz K. a prolongé cette relation : la Pologne l'a choisi pour la représenter dans la course au meilleur film international de la 98e cérémonie, en 2026.
Le film a par ailleurs poursuivi sa carrière commerciale après Toronto : les ventes internationales, assurées par Films Boutique, se sont élargies à de nouveaux territoires dans la foulée de la première mondiale. BAC Films le distribue en France.
La course s'est arrêtée là : le film n'a pas figuré parmi les quinze titres retenus en décembre pour la présélection. C'est le sort d'une large majorité des candidats — quatre-vingt-six films étaient en lice cette année-là — et cela ne dit rien de la valeur d'une œuvre : les campagnes américaines se jouent sur des moyens de promotion que peu de productions d'Europe centrale peuvent aligner.
Un film qui a besoin d'un contexte
Pour les salles, Franz K. est typiquement un titre qui gagne à être accompagné. Le film est une coproduction tchéco-polono-germano-française, il joue sur deux temporalités, et son personnage principal est un écrivain que beaucoup de spectateurs croient connaître sans l'avoir lu. C'est-à-dire un candidat idéal pour une séance présentée, un partenariat avec une librairie ou une médiathèque, ou une soirée articulée autour d'une lecture.
Les droits salle sont actifs au catalogue BAC Films et le DCP est disponible. Le film dure 127 minutes.
Sources
- Screen International — Poland selects Agnieszka Holland's « Franz » for the 2026 international feature Oscar
- Variety — Agnieszka Holland's Kafka Biopic « Franz » Sells to More Territories Following Toronto World Premiere
- Screen International — Screen's guide to the 2026 international feature Oscar shortlist
- Deadline — Oscars: Poland Enters Agnieszka Holland's « Franz » For 2026 Best International Feature Film Race