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LA VITA E BELLA
LA VIE EST BELLE
C.O. Italien, de Roberto Benigni.
Le titre fait penser à Capra, le ton évoque Chaplin. N'écrasons pas le film de Benigni sous les références, il se défend très bien tout seul. Mais il est vrai que l'auteur du Kid a sans doute plus influencé le cinéma italien qu'aucun autre, avec son mélange des genres, son passage constant du rire aux larmes et vice versa. Benigni n'a pas non plus été l'interprète de Fellini (La voce della luna) sans que cela n'ait laissé de traces. Cette petite ville toscane sous le fascisme, dont l'évocation constitue la première et la plus longue des deux parties du film, n'est pas sans faire penser à Amarcord. Là encore, toutes proportions gardées. Ce que Benigni tente ici en fait, c'est de redonner des couleurs à la comédie italienne, ce qu'il n'avait que très partiellement réussi avec ses trois premiers films - Le Petit Diable, Johnny Stechino et Le Monstre - où le grand talent du comédien, son irrésistible invention faciale et corporelle n'avaient pas trouvé en lui un metteur en scène à sa mesure. Comme nombre de comiques passés derrière la caméra, Benigni a donc appris peu à peu à maîtriser cet art nouveau pour lui. C'est chose faite avec La vita è bella, malgré quelques ruptures de rythme. Le soin apporté au film - la photo de Tonino delli Colli, les décors et les costumes de Danilo Donati, la musique trop doucereuse pourtant de Nicola Piovani - lui donne un fini absent des comédies transalpines récentes, dominées par la vulgarité et le laisser-aller.
L'humour fantasque de Guido, le héros de la fable, la loufoquerie des situations, le charme rêveur que lui confère Benigni en font un personnage mémorable et admirablement dessiné. Ses manoeuvres pour ravir l'institutrice qu'il aime à un dignitaire pompeux du régime lors du repas où ils annoncent leur mariage imminent, sa leçon devant la classe en présence d'un inspecteur fasciste, où Guido démontre la supériorité de la race aryenne, sont des réussites brillantes et déjà classiques.
La seconde partie, plus courte, a fait problème auprès de certains, mais non en Italie. Guido, cinq ans plus tard, vit avec épouse et leur enfant de quatre ans. Juif, il se voit déporté avec son fils. Il fera tout dans le camp de concentration pour lui cacher l'horreur qui les attend. Dans une séquence digne du Dictateur, il traduit les ordres vociférés par une kapo en un jeu qu'il invente au fur et à mesure pour masquer le réel à son enfant. Le ton s'est assombri, le film renonce aux gags pour prendre une tournure poignante. Benigni a eu l'intelligence de ne pas chercher une reconstitution réaliste. C'est plutôt une idée de camp qu'il nous propose, une stylisation et non la représentation de l'immontrable - la solution finale.
Entre Le Pen, pour qui la Shoah est un détail, et ceux pour qui rien ne peut l'évoquer, il faudrait donc que sur le sujet le cinéma soit réduit au silence. Benigni ne le pense pas. Il a su, avec l'arme la plus redoutable qu'est l'humour, donner à son conte en forme d'avertissement une résonance bouleversante. Et le cinéaste de citer le Primo Levi de Si c'est un homme : "Et si ce n'était qu'une blague. Tout ça ne peut pas être vrai..."
M.C.

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