L ' é p o q u e    d i s c o

Ryan Phillippe est particulièrement conscient du poids de l'époque sur son personnage. " Shane représente l'état d'esprit de la fin des années 70, " explique-t-il. " Nous avons tant de limites maintenant, alors que là, il n'y en avait pas. On ne pensait pas que la cocaïne provoquait une dépendance, et personne ne s'inquiétait encore du SIDA. Pour moi, c'est un film d'époque - à la fois étranger et stimulant à bien des égards ".

La musique était pour lui une découverte aussi. " Je n'étais pas spécialement fan de disco, mais maintenant j'adore. Tout au début, Mark nous a donné des cassettes à écouter - une trentaine de chansons - car beaucoup de scènes ont lieu dans la boîte. Quasiment tous ces tubes ont une façon de vous transporter. Ca déferle comme une vague, avec la pulsation forte, régulière - les thèmes tournent autour de l'excellence, du dépassement de la négativité que l'on a en soi, de l'ascension vers de nouvelles hauteurs ".

Pour Christopher, l'essentiel de la plupart des scènes clefs se définit par des chansons spécifiques, et le dialogue y fait souvent référence. L'énergie, le rythme et le ton, il les a apportés sur le plateau en passant des chansons au début de chaque répétition et à chaque moteur.

Le filmage de deux séquences de scène " live " a également dynamisé le plateau. La chanteuse Mary Griffin a électrisé les acteurs et les techniciens avec sa version de " Knock on Wood " d'Amii Stewart. " C'est la première fois que j'ai pu m'asseoir et regarder une scène dans laquelle je ne jouais pas ", dit l'acteur Breckin Meyer. " Il y avait tout ce tonnerre et des éclairs, et les figurants s'éclataient complètement, et la voilà là-haut qui dansait - c'était extraordinaire ".

La musique dans son ensemble devrait communiquer au public les sensations que Christopher a cherché à obtenir sur le plateau. " On a vraiment lancé la machine à remonter le temps ", explique Coati Mundi, codirecteur musical de " Studio 54 ". Mundi allait régulièrement au Studio à la grande époque, et fut membre fondateur de deux groupes prestigieux : Dr. Buzzard's Original Savannah Band et Kid Creole & the Coconuts. " Evidemment, chacun avait son 'top quarante', mais lorsque l'on danse jusqu'à trois ou quatre heures du matin, il y a de la place pour des titres moins connus. On a cherché un bon équilibre entre les grands tubes de l'époque, d'autres très bonnes chansons qui n'ont pas vraiment décollé - disons, les faces B - et des musiques originales que nous avons créées dans le style. "

La chorégraphe Lori Eastside, comme Mundi, était membre du Kid Creole, et a passé bien des nuits au Studio. Pour " Studio 54 ", elle a travaillé avec les acteurs principaux et les centaines de figurants pour les scènes tournées en boîte et à la sortie de la boîte. " Evidemment, étant donné que l'on a utilisé pleins de jeunes qui n'ont pas connu l'époque, j'ai dû jouer le 'flic du disco' quand je les ai vus faire des mouvements du genre Janet Jackson ".

S h a n e

Shane O'Shea, barman et héros de l'histoire, est un personnage fictif issu d'une famille ouvrière de la cité de Jersey. " Il n'y a que dans le monde du Studio 54, qu'un barman pouvait atteindre la célébrité - d'une certaine façon … ", explique Christopher. " Le film retrace son voyage de Jersey à ce pays d'Oz ".

Son périple commence à partir du moment où il affirme son envie de sensations fortes et d'indépendance. Au Studio, il a l'impression d'être au centre de l'univers. Tout est facile - amis, sexe, drogue, cash. Le patron l'aime bien et des célébrités l'appellent par son prénom. Mais les amitiés défilent, la drogue n'est pas toujours drôle, l'argent s'évapore, et les gens riches - de par leur langage, leurs sujets de conversation, leur accent - lui donnent des complexes.

Ryan Phillippe, jeune étoile montante qui incarne Shane, comprend très nettement l'initiative de son personnage. " Soit il restait à la maison et il mourrait, soit il se jetait à l'eau, … et il arriverait ce qu'il arriverait. Shane est tellement impulsif que sa décision est sans calculs ".

Cette approche du personnage a plu à Christopher. " Il est difficile pour un auteur-réalisateur de confier le personnage principal à l'acteur, de lâcher les rênes ", explique-t-il. " Mais il y a un moment où il faut le faire, et avec Ryan, ça c'est passé assez vite. Il est devenu le spécialiste de Shane, et je lui ai fait confiance ".

S t e v e    R u b e l l

Bien que le personnage de Steve Rubell soit un rôle sérieux, les talents de comique de Mike Myers ont été décisifs dans le choix de l'acteur, et dans son interprétation du rôle. " Je voulais quelqu'un qui ait beaucoup d'humour, qui puisse se nourrir largement des gestes du personnage, le rendre attachant et drôle ", explique Christopher. " Lorsque Mike fait de petits numéros d'improvisation, cela a l'air facile, mais je savais que quand j'aurais besoin de ce petit supplément de spontanéité, Mike saurait me le donner !"

Myers a étudié le sujet puis s'en est emparé. Il a passé deux ou trois heures par jour à subir une transformation prosthétique, le plus souvent en visionnant en même temps des bandes où l'on voyait Rubell. Matthew Mungle, maquilleur et détenteur d'un Oscar, en est à son troisième film avec Myers, et a " relooké " le comédien pour le rôle. " Connaissant son visage, on sait exactement ce que l'on peut faire pour le modifier, et Mike est un caméléon, un vrai acteur de composition. " Mungle a donc rallongé le nez, rabaissé les yeux, et dégarni le haut du crâne pour déguiser l'épaisse chevelure du comédien. " On n'arrive jamais à fabriquer un sosie parfait, mais on peut quand même capter l'essentiel ", dit-il.

Myers a été fasciné par son personnage et par le milieu dans lequel celui-ci évoluait. " Deux trucs m'intéressaient vraiment beaucoup dans le Studio 54 ", médite-t-il. " D'abord le besoin d'être aimé, phénomène qui était si pathétiquement illustré à l'entrée de la boîte. Ensuite, la naissance de la célébrité rien que pour la célébrité - le truc de Rula Lenska où il suffisait de dire que l'on était célèbre pour le devenir. Puis, une des phrases qui me plaisent le plus sur le Studio 54 : 'Dans les années 60 on parlait de faire l'amour, pas la guerre. Au Studio 54, dans les années 70, on est passé à l'acte …' ".

D i s c o    D o t t i e

L'âge du personnage de Disco Dottie, danseuse invétérée, jouée par Ellen Dow, 82 ans (!), n'a posé aucun problème à Eastside. " Ellen pouvait faire n'importe quel pas d'avant 1979, même du Charleston, et cela passait bien ". Etant passée chez la chorégraphe Martha Graham, Dow avait le plus gros bagage de toute la distribution. " Si je faisais répéter cinq comédiens par jour, beaucoup d'entre eux oubliaient leurs pas, car ils se concentraient sur leur texte ", dit Eastside. " Mais Ellen se rappelait tout ".

Malgré son âge, Dow n'a jamais arrêté la danse : " Elle libère tellement. C'est à peu près ce que l'on peut faire de plus sain. Je crois que c'est ce sentiment qui anime Dottie. Elle aime la musique, et se sentir entourée de toute cette vie dans la boîte. "

L e s    d é c o r s    d u    m y t h e

Le Studio est en soi un des principaux personnages du film, avec ses états d'âme, ses visages, ses attitudes. Les scènes d'extérieur et du foyer ont été tournées sur le site même du Studio 54 à Manhattan, alors que l'équipe de production a reproduit le décor intérieur, avec son éclairage au stroboscope, sur un plateau insonorisé aux studios Cinespace de Toronto.

" L'un des aspects les plus stimulants du film a été de voir la discothèque prendre vie ", raconte Christopher. " J'entrais parfois sur le plateau et je me disais que ce personnage était devenu animé. Chacun l'avait nourri - Alexander avec son éclairage, Kevin avec le décor, Ellen avec ces costumes, l'ambiance que nous avons créée avec les figurants. Ce n'était pas simplement un tournage dans un joli décor. C'était un personnage qui s'ouvrait à nous. "

Le décorateur Kevin Thompson, membre clef de l'équipe, a connu le Studio 54 à son apogée, et a ressenti un vif " déjà vu ", surtout lors des grandes scènes sur la piste de danse. Lui et la costumière Ellen Lutter avaient décidé très tôt qu'il fallait impérativement aborder la boîte comme un personnage, et que l'association d'un thème à chacune des 10 soirées leur a permis d'organiser leur réflexion autour d'une structure claire. " Nous avons voulu que la boîte passe par les mêmes étapes que Shane, afin de donner le reflet visuel de ce qui se passait dans sa tête ", a-t-il expliqué.

Quiconque ait réussi à franchir les cordons de velours, qui ornaient et en même temps démarquaient l'entrée du Studio 54, reconnaîtra bon nombre d'éléments du décor - les banquettes argentées, la moquette en gazon synthétique noir, le bar en forme de losange avec ses parois en miroirs, la piste de danse en parquet, les escaliers richement ornés, la passerelle en acier, la cabine du DJ et les colonnes éclairées au stroboscope qui descendaient du plafond. Sans parler de " l'homme dans la lune " avec sa cuillère à coke. La boîte d'origine, précédemment une salle d'opéra, était immense. La copie réalisée par Thompson mesure 32 x 22 mètres, offrant environ 85 % de la surface originale.

Scott Bromley, l'architecte qui a créé le Studio 54, a permis à Thompson de consulter les dossiers de construction, ainsi que les documents retraçant les rénovations effectuées pendant les quatre années qui ont suivi. Thompson y a appris que les travaux ont été exécutés très vite, avec des matériaux volontairement durables. " Tout a été créé dans un esprit de fête très spontané. Ce qui est drôle, c'est que nous avons eu entre trois et quatre semaines pour monter le plateau, alors que les propriétaires du Studio 54 avaient signé le bail environ quatre semaines avant l'ouverture. "

L e s    C o s t u m e s

Si le Studio 54 a certes vu le jour très vite, la clientèle ne se pressait pas lorsqu'il s'agissait de s'habiller pour y passer une nuit. " C'était une époque où les gens étaient de vrais paons ", reconnaît Ellen Lutter, costumière. " On peut trouver cela laid ou excessif, mais les gens essayaient de se différencier, et d'être eux-mêmes. C'est un comportement que l'on ne voit plus. "

Ayant défini les grands thèmes visuels avec Christopher et Thompson, Lutter a dû s'occuper des détails. " Au total, le film compte soixante-dix rôles à texte, et Shane, le personnage central, change plus de vingt fois de costume " précise Lutter. " Avec les figurants, on dépasse de loin les 4 000 costumes. Beaucoup sont jeunes et ne comprennent pas les vêtements. Il faut donc leur dire : 'non, le pantalon ne serre pas trop. Si la fermeture se ferme, c'est qu'il vous va ! "
Trouver tous ces vêtements était un défi immense, jusqu'à ce que Lutter déniche Hullabaloo, un entrepôt d'invendus à St Louis, où s'entassaient des vêtements neuf en parfait état remontant jusqu'aux années 60. " Avec mon assistant, nous y avons passé quatre journées, à fouiller dans des cartons et des étagères croulant sous les vêtements. Nous en avons rempli des mannes entières. "

Hullabaloo n'a cependant pas satisfait à tous les besoins. " Nous avons beaucoup de personnages 'haut de gamme' qui évoluent dans le monde de la mode ", précise Lutter. Pour les habiller rétro, elle est allée chez les couturiers Alaia, Halston, Claude Montana, Bill Blass, Mary McFadden et Oscar de la Renta, et a créé certains modèles elle-même. Ina, un revendeur de vêtements haute couture à Soho, lui a permis de découvrir de vrais trésors, dont une veste dorée étincelante Claude Montana pour Sela Ward. Et mieux encore ! " Trois semaines et demi avant le début du tournage, Ina m'a branché sur Kenny Valenti ", se rappelle Lutter, qui s'étonne encore de sa chance. " Valenti a créé pour Betsey Johnson et Fiorucci, avant de commencer à collectionner la haute couture des années 70 en écumant le pays. Et il était encore barman à l'age de 54 ans ! "

Lutter considère avec philosophie les milliers de tenues impossibles qu'elle a réalisées. " Certains de nos trucs sont vraiment excessifs, mais c'est un moyen de capter l'air du temps ".
Capter l'air du temps n'est pas simple, mais en définitive c'est le pari relevé par Studio 54.

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