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Aucun des personnages ne voit la réalité des choses, car chacun la regarde à travers le prisme déformant des préjugés. La relation d'Herbert Greenleaf avec Dickie est l'un des points cruciaux à partir duquel le mécanisme du mensonge et de l'échappatoire se déroule: c'est un père qui n'a pas confiance en son fils, et ses idées préconçues le rendent incapable de déceler la culpabilité de Ripley. Seule Marge Sherwood - dont le rôle est plus affirmé que dans le roman - possède un esprit suffisamment ouvert pour être tour à tour bienveillante et soupçonneuse au sujet de Ripley. Mais la connivence masculine, qui est à la fois la marque de cette histoire et celle de l'époque à laquelle elle est située, empêche Marge de faire éclater la vérité au grand jour.
Peter Smith-Kingsley (Jack Davenport), silhouette fugace dans le roman, devient ici un personnage à part entière. Sa façon d'accepter Ripley tel qu'il se présente permet d'intensifier dramatiquement ce que Patricia Highsmith appelait l'auto-annihilation de Ripley : en tuant Peter, Ripley tue sa dernière chance de bonheur. Ce personnage, certainement le plus structuré du film, rappelle également que la pathologie de Ripley ne peut pas être expliquée par sa seule sexualité.
Quant à Meredith Logue (Cate Blanchett), personnage qui n'existe pas dans le livre, elle donne à Ripley l'occasion de recréer sa propre vision de Marge, au même titre qu'il crée sa propre version de Dickie. Sa présence accentue aussi le fait que cette histoire est celle de gens très jeunes, qui ont tous fui quelque chose pour pouvoir se réinventer dans le contexte d'un pays étranger.
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