Le roman raconte l'histoire d'un homme qui commet des meurtres et n'est pas puni. Le film aussi. Avec une différence cruciale : si on peut échapper à la justice en ayant commis des meurtres, on ne peut échapper à tout. Ripley cherche l'amour, il a soif d'aimer et d'être aimé, et pourtant, il ne fait pas autre chose que tuer sa chance d'aimer et d'être aimé. A la fin du film, il est seul, libre et dans l'enfer qu'il s'est lui-même forgé. Comme chez Dante, où le purgatoire est une sorte de résultante de la vie, Ripley, en annihilant sa propre identité et en prenant celle d'un autre, se condamne à ne plus jamais retrouver la liberté d'être lui-même. Il a pactisé avec le diable : préférant faire semblant d'être quelqu'un plutôt que de n'être personne. En ce sens, le film est un conte moral sur le prix à payer lorsqu'on choisit d'être celui qu'on aimerait être plutôt que celui qu'on devrait être.Sur les pas de Tom Ripley, on entre dans un monde claustrophobe. L'attitude froide et désarticulée de Ripley séduit le spectateur, le convainquant que ce qui, pour lui, est de l'ordre de l'abjection fait parfaitement sens dans la tête de Ripley.
Le challenge du film c'est d'arriver à amener le spectateur à s'investir comme je l'ai fait en tant que lecteur: accompagner chaque étape du parcours de Ripley, comme un enfant se baigne dans la mer en oubliant la marée, et, se retournant soudain pour regarder la plage se rend compte à quel point il s'est mis en danger et s'est éloigné du bord. L'histoire entière est racontée du point de vue de Ripley, si bien qu'il n'y a pas une scène dans laquelle il ne soit pas présent. Cela signifie que le monde que nous voyons dans le film est le monde de Tom Ripley. Et que la logique est la sienne. Dans son esprit, tout ce qu'il fait découle de son amour pour Dickie, pour la vie de Dickie et tout ce qui l'accompagne : l'amitié, la culture, l'argent. En ce sens, le film parle aussi de la lutte des classes.
 
L'autre changement notoire par rapport au roman est que Ripley ne prémédite pas son crime, bien au contraire. La scène du meurtre commence par une déclaration de Ripley à Dickie : il lui révèle la profondeur de ses sentiments et se voit horriblement incompris, cruellement rejeté. Dickie meurt dans une explosion de colère, et c'est sa propre propension à la violence qui provoque le choc en retour. C'est un accident qui offre à Ripley cette opportunité déterminante : prendre la place de Dickie. Et, comme il l'a déjà fait depuis le début de cette histoire, Ripley saisit cette "chance" qui s'offre à lui avec un mélange de honte et de calcul.