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Le Talentueux Mr Ripley est aussi traversé par la musique de mon ami et collaborateur Gabriel Yared, qui a été impliqué dans ce projet dès la première version du scénario. Un bon compositeur de musique de film - et Gabriel, sans aucun doute, en est un, très grand - peut donner des clés pour comprendre l'évolution psychologique, les intensifier de façon subtile et les rendre palpables au spectateur. Avec tous ces passages importants où les personnages jouent de la musique, le travail de Gabriel Yared devait trouver son chemin pour se faire entendre. Et l'une de ses tâches étaient de percevoir la musique qui hante le coeur de Ripley et de la refléter. Les premiers essais de Gabriel allaient dans ce sens et suggéraient aussi la nostalgie de Ripley pour un passé qui n'avait jamais vraiment existé. Dans la personnalité de Ripley, des pans entiers viennent d'idées fausses - comme celle que les autres vivent une belle vie dont il est exclu, son insatisfaction profonde de ce qu'il est et d'où il vient, le fantasme d'un avenir qui lui permettrait d'être quelqu'un de totalement différent. Lorsque nous avons travaillé dans le studio de Gabriel, à l'Ile aux Moines, nous sommes tombés d'accord sur un thème syncopé, aux accents baroques qui pourrait être traduit par un son de boîte à musique et dont la douceur inhérente serait rehaussée de tintements étranges et inquiétants, mécaniques et répétitifs. |
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Ripley entend cette musique dans les moments où il est comme un enfant surexcité ou un peu déstabilisé. Cette musique, sans aucun doute, vient d'un souvenir d'enfance qui m'appartient: ma grand-mère avait dans sa chambre une petite boîte à musique en forme de gondole et cette sonorité, légère, fragile et émouvante, ne m'a jamais quitté. Ce thème est développé dans la chanson Berceuse pour Cain, que Gabriel et moi avons écrit pour la scène d'ouverture et que Sinead O'Connor interprète avec une grâce toute pure sur le générique de fin. Le pacte passé par Ripley avec le diable, la tragédie où le mène son ambition, avaient aussi besoin d'un thème un peu trouble. Nous avons travaillé sur des voix, équivalentes à celles des sorcières dans Macbeth: quelque chose qui donnerait l'idée de la tentation, des sirènes qui entraînent Tom vers les rochers qui l'engloutiront dans sa folie. Ces voix l'accompagnent, ravies quand il vend son âme, railleuses quand, après avoir tout fait pour ne pas être seul, il se retrouve livré à lui-même, emprisonné dans l'étau solitaire de son esprit malade. Ces ironies, ces jeux musicaux, sont au centre de la construction du film et s'insèrent dans le scénario. La musique apporte un élément de plaisir tout à fait important, mais est aussi, je crois, un personnage à part entière. L'obsession, courante dans les films, de tout expliquer, est souvent reflétée par la musique qui vous dicte ce que vous devez penser ou ressentir à tout moment. En faisant ce film, j'ai voulu croire que le public préfère trouver seul le sens et la morale au-delà de ce qu'il voit; Gabriel Yared et moi-même avons voulu qu'il en soit de même avec la musique et que le spectateur trouve le sens et la morale au-delà de ce qu'il entend. |
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