... LE ROMAN

Dès les premières pages du roman d’Arturo Perez-Reverte qui vous a inspiré, on est saisi par la richesse du matériau littéraire, l’abondance des intrigues, la subtilité et l’humour des références et des pastiches...

C’est le livre d’un grand érudit qui débuta dans le journalisme et a signé là le plus grand succès de toute l’histoire de la littérature espagnole. C’est un superbe divertissement, un roman baroque, ludique, foisonnant, ouvrant sans cesse de nouvelles pistes, vraies ou fausses.
J’y ai pris un grand plaisir, mais il m’a semblé que sa transposition exigeait des choix précis et rigoureux. Le cinéma, dans mon esprit, demande des constructions plus cohérentes, plus rigides. Il fallait aussi faire un tri pour aboutir à un film d’une durée normale. C’est pourquoi j’ai seulement retenu ce que j’aimais le plus dans ce récit.

Le livre s’appelle “Le Club Dumas ou l’Ombre de Richelieu”, alors que le film ne contient pas la moindre allusion au cardinal, à D’Artagnan ou à l’auteur des “Trois Mousquetaires”...

Le roman de Perez-Reverte entrelace deux enquêtes. La première concerne le manuscrit inédit d’un chapitre des “Trois Mousquetaires”. Elle confronte le héros, Corso, aux répliques vivantes des deux principaux “méchants” de ce roman : Milady, sous les traits de Liana Telfer, et Rochefort, sous l’apparence d’un garde du corps balafré.
La deuxième enquête, qui prend rapidement le pas sur la précédente, tourne autour du “Livre des Neuf Portes”, manuel satanique édité par un imprimeur vénitien du XVIIe siècle, Aristide Torchia, mort sur le bûcher pour avoir pratiqué les arts diaboliques. Cet ouvrage dont il n’existe que trois exemplaires au monde, renferme neuf gravures tirées du grand classique des livres noirs et attribuées à Lucifer.
C’était, à l’évidence, l’intrigue à retenir, et je n’ai conservé que de très rares éléments de la première histoire.

Avez-vous éprouvé quelque regret à élaguer ce roman, à éliminer certains de ses épisodes, sans parler des nombreuses références qui l’émaillent: Moby Dick, Sherlock Holmes, Irène Adler, le Dr Watson, Roger Ackroyd, etc... ?

Je le regrette, bien sûr, en tant que lecteur, mais pas en tant que cinéaste. C’est un défi d’adapter un roman aussi complexe, mais j’aime ce genre de travail. J’aborde cela comme un jeu de patience, comme l’assemblage d’un vaste puzzle, et j’y trouve de grandes satisfactions.

Le roman se terminait, de façon ironique mais quelque peu déroutante, par une invocation ratée au Malin et le retour de Corso à la vie normale, en compagnie de son innocente et angélique protectrice…

A la fin, je me suis senti un peu frustré. Je pense qu’il fallait conclure sur une note dramatique et spectaculaire, sur une illumination érotique, une plongée dans un enfer qui n’est plus de douleurs et châtiments, mais de plaisirs…

haut de la page