|
|
C'est un hasard
Est-ce
que c'est un hasard ? Je voulais être policier et Bertrand m'a fait
jouer dans L. 627 ; mon père était soldat et j'ai été
le capitaine Conan, et là il me fait jouer un instit. Si j'étais
arrivé dans le film avec dans ma tête un petit personnage
bien établi, bien bétonné, comme certains acteurs
le font - souvent à juste titre - j'aurais été déstabilisé
dans mon contact avec les enfants. Or, je suis arrivé - et cela
n'est peut-être pas non plus un hasard - avant terme. Le début
du tournage n'a pas été retardé, comme il arrive
le plus souvent, mais, au contraire, avancé, et pas qu'un peu.
Du coup je me suis trouvé plongé dans le bain sans avoir
pu préparer quoi que ce soit. Du coup j'étais neuf et j'ai
paré au plus pressé, je me suis focalisé sur le contact
avec les enfants. Je savais, par ma mère, qu'avoir affaire à
une trentaine de mômes de trois /quatre ans représentait
une pression énorme. Il faut les intéresser, sinon ça
peut dégénérer et ça devient très vite
le bordel. Il faut leur faire accepter une discipline et surtout les captiver
par des histoires, des activités. C'est ça, en l'occurrence,
le vrai boulot, plus que construire un personnage.
Il y avait quand
même un texte écrit, un texte à respecter ; ce n'était
pas de l'improvisation.
Oui et non, puisque
les enfants, eux, n'ont évidemment pas lu le scénario. D'ailleurs,
la seule fois où on a essayé de faire dire une phrase à
un môme, ça a foiré. Donc, on les laisse parler, et
il faut bien que je réponde et c'est là que le travail est
vraiment passionnant. J'ai été obligé de composer
avec les enfants, avec Bertrand (grand enfant !) et avec le chef opérateur
Alain Choquart, pour harmoniser tout, pour que tout le monde soit prêt
au même moment : les enfants disponibles et détendus, la
caméra prête à fonctionner, Bertrand aux commandes.
On jouait, on organisait des activités, même en dehors du
tournage. De temps en temps, le vrai instit prenait le relais pour me
soulager. Parlons concrètement : je fais une scène où
on chante une comptine et le téléphone doit sonner. Je sais
que l'accessoiriste va bientôt déclencher la sonnerie. Ce
qui précède cette sonnerie, c'est de l'improvisation et
c'est tout le film. L'indication, sur le découpage est : "Daniel
chante une comptine avec les enfants." Tout est à faire :
il faut la savoir la comptine, ne pas la bredouiller, ne pas se tromper,
parce que les enfants, eux, la connaissent. Et les gestes qui vont avec
sont précis, c'est une petite chorégraphie qu'il faut respecter,
On n'a pas le droit à l'erreur. Moi, j'avais mes souvenirs d'enfance.
"Pirouette cacahuète", je connaissais, les autres j'ai
dû les apprendre, les travailler, comme la danse au cours de la
fête.
|