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Presque tous vos films ont une résonance sociale au bord du politique.
Vous affirmez nettement des convictions....
Des convictions, oui, mais qui n'étayent aucune thèse.
Depuis La Vie et rien d'autre et L.627, je pars à la découverte
d'univers, de moments historiques, sans idées préconçues,
avec le maximum de liberté d'esprit. Quand j'ai commencé
à travailler au scénario de Ça Commence Aujourd'hui
ou de L.627, je ne savais pas où j'allais, je ne savais pas ce
que j'allais découvrir. Et les films se nourrissent de mes découvertes,
de mes étonnements, de mes colères, de mes émotions,
de mes éclats de rire
Ils sont si peu à thèse
que, très souvent, je modifie la fin en cours de tournage. Dans
Un Dimanche à la campagne, Une Semaine de vacances, La Vie et rien
d'autre, L.627, Ça commence aujourd'hui, la fin du film est tout
à fait différente de celle du scénario.
Je ne cherche pas à prouver quoi que ce soit ou à attaquer
systématiquement une institution. Je m'intéresse d'abord
à des personnages que j'aime, que j'essaie de rendre proches des
spectateurs avec leurs défauts et leurs qualités
Je
m'intéresse à des gens qui se battent, essaient de faire
bouger les choses autour d'eux (en se trompant parfois), qui tentent de
faire correctement leur boulot
Et je ne sais jamais où je
vais arriver quand je commence le film
Alors la thèse
Je sais que certains vont m'expliquer que le cinéma, en ce moment,
ne doit pas traiter ce genre de sujet, que ce n'est pas le genre de films
qu'on doit faire. Il y a quelques années, on reprochait aux cinéastes
français, souvent à tort, de ne pas parler de la réalité,
maintenant ce n'est plus à la mode. Certains termes laudatifs il
y a trois ou quatre ans prennent en 1999 et pour quelques mois une connotation
péjorative. Un contenu social devient très vite sociologique,
on soupçonne dans l'anti-libéralisme de Ken Loach des colorations
christiques.
Le cinéma, pour moi, c'est aussi bien Zonca, Manuel Poirier ou
Hervé Le Roux que Bonitzer, Claire Denis, Rohmer ou Guédiguian,
aussi bien Ken Loach que Clint Eastwood ou John Ford. Et il y a un cinéma
dont le boulot consiste, comme le faisaient à leur manière
les frères Lumière, à montrer le monde au Monde
Moi-même, je passe du grand spectacle de Conan à Ça
commence aujourd'hui et à De l'autre côté du périph'.
En tous les cas, je n'ai pas commencé à écrire avec
Dominique et Tiffany en me disant "maintenant il faut que je m'attaque
à l'Éducation Nationale". Je suis parti de deux ou
trois petits faits très simples et très poignants - une
femme ivre tombe dans une cour et s'enfuit en abandonnant son enfant,
Madame Bry et ses 30 francs - et j'ai examiné les conséquences
de ces faits sur un certain nombre de personnages
C'est un caillou
qu'on jette dans l'eau. Je pensais à ce que disait Alberto Cavalcanti
: "Si on vous demande de raconter l'histoire du courrier, racontez
plutôt l'histoire d'une lettre. Si vous réussissez, ce sera
toute l'histoire du courrier et de la poste que vous aurez racontée;"
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