Lise Fayolle est productrice indépendante. En trente ans de carrière, elle a produit et co-produit quelque 25 films dont PROVIDENCE d 'Alain Resnais, DOCTEUR FRANÇOISE GAILLAND de Jean-Louis Bertucelli, CHÈRE INCONNUE de Moshé Misrahi, LE SUCRE de Jacques Rouffio, LA DENTELLIÈRE de Claude Goretta, LE SHÉRIF d 'Yves Boisset et LA LUNE DANS LE CANIVEAU de Jean- Jacques Beineix.
Une femme déterminée, énergique, pugnace dont on dit qu 'elle traduit les "non " qu 'on lui oppose par des "oui peut- être".

 

Interview

 

 

Comment êtes-vous arrivée sur la production de ce film ?
Par le plus pur des hasards! Je me souviendrai toujours de ce soir-là où, au retour du théâtre, j 'ai allumé machinalement la télévision et vu la fin de "Bouillon de Culture ". Bernard Pivot terminait l 'émission en déclarant, devant un parterre d 'auteurs patentés et face à un petit Chinois qui semblait totalement abasourdi : "si vous ne lisez pas "Balzac et la Petite Tailleuse chinoise " de Dai Sijie, , cette émission ne sert à rien …". Le lendemain, j'achetais le livre que j'ai dévoré d'un trait. Grâce à mon ami Georges Beaume qui, à l'époque, était son agent, j'ai déjeuné le jour même avec Dai Sijie. Il faut croire que j'ai su lui parler du film que nous pourrions faire avec son livre parce que le lundi matin, j'avais rendez-vous avec Prune Berge chez Gallimard qui me cédait les droits … alors qu'elle avait en ligne pratiquement toutes les maisons de production de Paris.

Qu'est- ce qui vous a attiré dans ce livre ?
La magie, l'émotion, 'authenticité de cette histoire qui se passe dans un pays si lointain et à une époque que nous n'avons vécue que par ouï-dire. Et puis, cette Petite Tailleuse m'a interpellée. Quelque part, c'est un peu mon histoire … J'ai quitté mon Ardèche natale un peu comme elle est partie de son village du Hunan. Tout comme elle, je ne savais pas ce qui m'attendait mais je comptais sur ma bonne étoile et, de toute façon, je ne voulais pas de cette vie, sans doute confortable mais pas très excitante, que le destin semblait me réserver. En tous cas, j'étais prête à payer le prix qu'il faudrait pour ça. Mais on ne sait pas le prix que la Petite Tailleuse a payé sa liberté … Moi, je peux vous le dire! La liberté de faire ce que l 'on veut se paye très cher! Bien que je ne sache pas du tout ce qu 'elle est devenue, j'espère que, pour ce prix-là, elle a eu ce qu 'elle rêvait d 'avoir.

Vous, vous l'avez eu ?
Je ne suis pas insatisfaite de ce qui m 'est arrivé dans la vie. J'ai rencontré des gens fabuleux dans mon métier. J'ai fait des films que j'aime. J'ai comme tout le monde eu ma part de nuits blanches et de jours ensoleillés, mais je ne me plains pas.

"Balzac et la Petite Tailleuse chinoise " est un best- seller en France …
Pas qu 'en France. Il a été traduit en 17 langues, et même aux Etats-Unis où les critiques et les lecteurs ne passent pas pour faire la part belle aux livres étrangers. Il est actuellement dans le Top Ten des meilleures ventes américaines.

Le chemin, qui vous a mené au sommet de la Montagne du Phénix du Ciel, a-t-il été escarpé ? Escarpé ?
Le mot est faible ! La Chine est un autre monde, régi par des structures qui nous sont inhabituelles, soumis à des normes culturelles, idéologiques et sociologiques qui nous sont totalement étrangères. Un pays où les règles ne sont pas les nôtres. Mais ce n 'est pas parce que nous ne les connaissions pas que nous les avons jugées impossibles à suivre. Et puis, j'ai bénéficié du soutien et de l 'aide de bien des gens que je remercie dans le générique et sans qui j 'aurais, certainement, lâché prise. Notre problème était d'obtenir l'autorisation de tourner en Chine. Je ne vais pas vous raconter par le menu comment nous l'avons eue mais, à une époque, Dai Sijie, Bernard Lorain et moi-même prenions l'avion pour Pékin comme d'autres prennent le métro pour le Kremlin- Bicêtre !


C 'est une production 100% française ?

Absolument. Avec sur place un partenaire technique obligatoire et de toute façon extrêmement utile. La société "Forbidden City " nous a aidé à nous y retrouver dans les méandres de l 'administration chinoise et nous a permis d'approcher les meilleurs techniciens locaux.

Quels ont été vos rapports avec Dai Sijie ?
Excellents à partir du moment où nous avons décidé tous les deux que nous allions faire le même film.

Et vos rapports avec les autorités chinoises ?
Excellents aussi … dès que j'ai compris qu'en Chine, le temps n 'a pas la même valeur que chez nous. Il est plutôt synonyme d'Eternité et n'inclut pas cette idée de rapidité qui caractérise notre façon de travailler occidentale.

Qu'avez-vous appris sur ce film ?
La patience ! Et aussi à prononcer sans me prendre les dents dans les diphtongues, des noms aussi étrangers que Long Ximmin, le Ministre en charge de la propagande pour la ville de Pékin ( par "propagande ", bien sûr, il faut entendre "promotion ") , Mme Zhao Shi, Ministre en charge de la radio, du film et de la télévision, M. Zhen Quan Lang, Président de China Film, et autres Mss. Hepping, Mo Xian, Waong Sue … je dois en oublier ! !

Le tournage a été difficile ?
Épuisant. Nous devions faire trois heures de voyage quotidien dans un vieux minibus sur une piste défoncée pour arriver sur le lieu du tournage. Et là, il fallait encore grimper au sommet de la montagne par un escalier de pierre abrupt, celui- là même que l 'on voit dans le film d 'ailleurs. Le tout par une chaleur d 'enfer. Mais le décor est magique et l 'on n 'imaginait même pas que nous aurions pu tourner ailleurs.

Qu 'attendez vous de ce film ?
Qu 'il soit un grand succès populaire. Les acteurs sont superbes. La réalisation de Dai Sijie est extrêmement émouvante. Les décors sont magiques. L 'histoire est universelle. J'espère que, comme le roman, il va rencontrer le public.

Quelle est l'anecdote la plus amusante que vous rapportez de ce tournage ?
Le souvenir d'avoir épluché à la main 25 kilos d 'écrevisses dans l 'arrière-cuisine d'une espèce de cantine chinoise, pour faire à toute l'équipe un repas français qui la changerait de l'ordinaire !

Vous avez un autre projet avec Dai Sijie ?
Oui, un scénario co- écrit lui aussi avec Nadine Perront et qui raconte une histoire d ’amour entre deux femmes. Nous n ’avons pas été autorisé à tourner en Chine, mais nous avons trouvé des solutions au Vietnam.