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Carol Ann Lee, 28 ans, vient de publier en Angleterre "Anne Frank : A
Biography", traduit en Français sous le titre "Anne Frank,
les secrets d'une vie" (éditions Robert Laffont). Récit
sensible d'une vie dont l'héroïne est devenue une figure mythique,
mais également témoignage très documenté sur la
période la plus sombre de l'histoire du XXe siècle, cette nouvelle
biographie d'Anne Frank est l'une des plus complètes publiées
à ce jour.
Anne Frank
telle qu'en elle-même
L'histoire de la jeune Anne Frank a fait l'objet d'adaptations nombreuses
et très diverses. Certaines d'entre elles - presque toutes bien intentionnées
- ont réussi à communiquer la dimension tragique de sa courte
vie et le triomphe de son esprit, mais aucune ne l'a fait avec autant d'imagination
et de sensibilité que ce film d'animation.
Toutes les réserves que l'on peut émettre à l'égard
d'un procédé aussi particulier s'évanouissent dès
les premières minutes. Les scènes d'ouverture - un bateau entrant
dans le port d'Amsterdam, les vues aériennes d'un canal serpentant
dans la brume, la façade de la maison d'Anne sur le square Merwedeplein
- sont d'une grande beauté.
La séquence suivante - une série de photos de la famille Frank
devant leur cheminée, un tramway dans une rue tranquille, Anne elle-même
se levant en hâte le 12 juin 1942, jour de son treizième anniversaire
- frappent par leur justesse. Le bonheur d'Anne est brillamment mis en parallèle
avec le soulagement confus qu'éprouve son père lorsqu'il apprend
que ses employés sont prêts à aider sa famille à
se cacher.
Quand Otto Frank arrive chez lui avec le journal intime rouge et blanc qu'il
s'apprête à offrir à Anne, on perçoit la dynamique
des rapports qui lient la jeune fille à sa famille : la profonde affection
qu'elle éprouve pour Otto, la relation conflictuelle, classique chez
une adolescente, qu'elle entretient avec sa mère, sa grande admiration
pour sa sur aînée, la brillante Margot. La personnalité
d'Anne nous est également présentée : nerveuse, intuitive
et affectueuse.
Une juste
évocation de la vie quotidienne des Frank
Les quinze premières minutes du film décrivent la famille juste
avant qu'elle ne parte se cacher. Elles mettent en lumière des moments
de la vie d'Anne jusqu'alors jamais adaptés, telle cette scène
à l'école où elle évoque avec une camarade un
nouveau petit ami ; spectacle anodin et amusant, à ceci près
que tous les enfants portent l'étoile jaune. Plus loin, Anne marche
dans la rue avec sa sur, mais elles doivent s'arrêter pour laisser
passer un convoi de camions allemands rugissants. On la voit également
se promener en vélo - c'était illégal - le long des canaux,
passant devant le cinéma Tuschinski et regrettant de ne pas avoir le
droit de jouir de ce plaisir tout simple : aller voir un film.
L'action commence, touchant le spectateur de plein fouet, quand Margot reçoit
une terrifiante convocation. La famille se prépare à se cacher
: Anne dit alors adieu à son chat bien aimé, Moortje. C'est
un moment profondément émouvant et révoltant, qui montre
avec justesse comment les Nazis volèrent aux Juifs jusqu'aux plus petits
détails de leur vie quotidienne.
Des personnages présentés dans toute la complexité
de leur personnalité
La plus grande partie du film s'intéresse évidemment à
la période durant laquelle Anne a dû vivre cachée. Les
qualités exceptionnelles du dessin animé et la subtilité
du scénario permettent de dépeindre à la perfection les
deux ans passés dans l'ombre. Les Van Daan et le Dr Dussel (qui partagèrent
avec la famille Frank les locaux situés au-dessus des bureaux d'Otto)
ne sont plus des personnages secondaires utilisés comme "faire-valoir"
- ce qui était le cas dans la plupart des autres adaptations. Ils sont
présentés dans toute la complexité de leur personnalité,
comme Anne su si bien le faire dans son journal. (
) Celui-ci suggère
en effet un point de vue contrasté : il peut témoigner à
la fois d'une vision positive ("Vivre en cachette est une aventure aussi
dangereuse qu'elle est romantique et intéressante") et du pessimisme
le plus sombre ("Ne pas pouvoir sortir est si oppressant. J'ai tellement
peur qu'on nous découvre et qu'on nous abatte").
Tous les détails de la vie quotidienne dans leur cachette - ne pouvoir
aller aux toilettes qu'à certaines heures, ne pas faire le moindre
bruit quand les ouvriers de l'entrepôt sont là, faire durer le
plus longtemps possible les maigres vivres - sont clairement évoqués,
ainsi que les conséquences psychologiques de cet enfermement - les
disputes pour un rien, l'hystérie que suscite la moindre bonne nouvelle
et les grands moments de déprime. (
)
Lors d'un cambriolage dans les bureaux, la tension culmine : le chat de l'Annexe
a renversé une bougie, et celle-ci tombe dans les escaliers, jusqu'aux
intrus
Un film
inspiré et poignant
Cette scène du cambriolage est comme l'anticipation du moment où
les Nazis vont découvrir l'annexe secrète. Le 4 août 1944,
alors qu'elles se cachaient depuis deux ans, les familles sont arrêtées
par la Gestapo lors d'une rafle surprise. Dans le film - ce fut réellement
le cas - tout se passe en silence et très rapidement. On frappe à
la porte, et la voix d'un officier scelle leur destin : "Nous savons
que vous cachez des Juifs ici." Les habitants de l'Annexe rassemblent
le peu d'affaires qu'ils possèdent avant d'être conduits dans
un camion tandis que leur bienfaitrice, Miep, les regarde depuis la fenêtre,
consternée.
Quand le camion démarre puis disparaît, la voix d'Anne - en off
- nous rappelle, pleine d'espoir, que si son corps est détruit, son
esprit ne le sera pas
Inspiré et poignant ce film est un remarquable hommage à sa
mémoire.
Carol Ann Lee, septembre 1999
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